Autour de 850 DH, la capitalisation ressort à 62,4 MMDH. La valorisation atteint 36 fois les bénéfices 2026. Avec un excédent brut d'exploitation de 3 192 MDH, une marge historique de 55%, et une trésorerie nette de 2.7 MMDH à fin S1 2026, et un gearing autour de 40% la societe confirme sa capacité à financer son programme de développement tout en préservant ses équilibres financiers.
PER MOYEN DE MARSA MAROC 2018-2027 ( Source : IDBOURSE-MASI+)
Source : IDBOURSE-MASI+
Le test le plus direct : le plan de la société elle-même
Marsa Maroc affiche un objectif de chiffre d'affaires de 10 MMDH à horizon 2030, contre 5 785 MDH en 2025, soit une croissance annuelle moyenne de 11,6%.
En supposant la marge d'EBE maintenue à 55%, l'EBE atteindrait environ 5,5 MMDH. La conversion en résultat net part du groupe est la vraie inconnue : la marge nette ressortait à 27,5% en 2025, mais le mix devrait basculer vers le transbordement, les amortissements des nouveaux terminaux et les charges financières du Project finance devraient monter, et les minoritaires de Nador avec leur plus gros relais de croissance via NadorWest Med ( EST & OUEST) capteraient la moitié des résultats des deux terminaux.
Nador : le volume ne se transpose pas au résultat
Les deux terminaux totaliseraient 5,2 millions d'EVP à pleine capacité, contre 3,02 millions traités par l'ensemble du groupe en 2025. En quote-part Marsa Maroc, l'apport serait de 2,6 millions d'EVP.
Le seul comparable interne disponible est Tanger Alliance, terminal de transbordement du groupe à Tanger Med. Sur la base d'un revenu de l'ordre de 720 MAD par EVP, les 5,2 millions d'EVP de Nador représenteraient environ 3,7 MMDH de chiffre d'affaires à 100%, soit près de 1,9 MMDH en quote-part. L'ordre de grandeur est significatif, mais il s'agit d'un revenu de transbordement, structurellement moins riche en prestations annexes, stockage, manutention terrestre, services logistiques, que les flux import-export domestiques.
Le TC3 de Tanger Med a atteint sa pleine capacité de 1,5 million d'EVP trois ans après son lancement. Transposé à Nador, ce rythme situerait la maturité du Terminal Est vers 2029-2030 et celle du Terminal Ouest vers 2030-2031.
Casablanca et Jorf Lasfar : une économie différente
Les 3 MMDH engagés à Casablanca sécurisent la concession du TC3 pour vingt ans supplémentaires et portent sa capacité de 600 000 à 900 000 EVP. L'activité est domestique, détenue à 100%, sans minoritaires ni partenaire armateur : le résultat revient intégralement au groupe.
Le poste pétrolier 8 Bis de Jorf Lasfar ajouterait quant à lui, 4,6 Mt de vracs liquides au premier trimestre 2029, sous concession de trente ans, avec conception, financement, construction et exploitation à la charge de Marsa Maroc. Ni le montant de l'investissement ni la tarification n'ont été communiqués. Sur la base d'un revenu unitaire de 30 à 50 MAD la tonne, cohérent avec les 11 Mt de vracs liquides traitées en 2025, et d'un taux d'utilisation de 70 à 85% en régime de croisière, le terminal pourrait représenter 60 à 125 MDH d'EBE.
L'international ne passera pas par le chiffre d'affaires
L'acquisition de 45% de Boluda Maritime Terminals pour 80 M€, portée par Marsa Maroc International Logistics et autorisée par décret le 2 avril 2026, donne accès à neuf terminaux entre la péninsule ibérique et les Canaries, ayant traité plus d'un million d'EVP en 2024. Sous hypothèse d'une dette nette nulle, le prix payé valoriserait la cible à environ 178 M€, soit un EBITDA de 15 à 22 M€ à 8-12 fois, dont 75 à 105 MDH en quote-part. À 45% sans contrôle, la participation devrait être mise en équivalence : elle contribuerait au résultat net, pas au chiffre d'affaires consolidé ni à l'objectif de 10 MMDH.
Additionnés, ces deux dossiers représenteraient ainsi 135 à 230 MDH d'EBE en quote-part, à comparer aux 2,3 MMDH d'EBE supplémentaire qu'impliquerait l'objectif de 10 MMDH à marge constante. La trajectoire reposerait donc pour l'essentiel sur Nador et sur le revenu par EVP que le transbordement y dégagera.
Le financement bascule cette année
Les CAPEX consolidés sont passés de 434 MDH en 2024 à 1.8 MMDH en 2025, puis 3400 MDH sur le seul premier semestre 2026 et 3,4 MMDH consacré principalement au développement des infrastructures portuaires et à l’acquisition des équipements destinés aux nouveaux terminaux du port Nador West Med. Le recours au project finance et aux joint-ventures limite le besoin en fonds propres.
DETTE NETTE ET GEARING MARSA MAROC 2018-2027 ( Source : IDBOURSE/MASI+)
Au S1 2026, le chiffre d'affaires progresse de 13% à 3 214 MDH. Le conteneur domestique gagne 7% à 697 594 EVP, mais le transbordement recule de 4% à 822 666 EVP, le groupe rattachant ce repli au recentrage des terminaux de Casablanca sur les flux domestiques. Or c'est sur le transbordement que repose l'essentiel des capacités futures, avec des volumes qui dépendront des décisions d'allocation de réseau de MSC et de CMA CGM, actionnaires des terminaux, ce qui réduit le risque de remplissage tout en transférant la moitié du résultat aux minoritaires.
l’atteinte de l’objectif de 10 MMDH de chiffre d’affaires à horizon 2030 dépendra principalement de la montée en charge de Nador West Med et de l’économie générée par ces nouveaux volumes. Le calendrier des mises en service offre désormais davantage de visibilité, mais leur contribution aux marges et au résultat reste l'élément clef à surveiller. Les premiers exercices d’exploitation de Nador constitueront donc un point clé pour apprécier progressivement la trajectoire bénéficiaire du groupe au regard de sa valorisation actuelle.
